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Blog · 20 octobre 2026 · Assurance

Devoir de conseil en assurance : comment prouver que tu as bien conseillé ton client

Un client sinistré découvre que son contrat ne couvre pas ce qu'il croyait. Il se retourne contre toi : « Vous ne m'avez jamais dit que cette garantie était exclue. » À ce moment-là, ce qui compte n'est pas ce que tu as dit au téléphone il y a deux ans. C'est ce que tu peux montrer. Le devoir de conseil n'est pas seulement une obligation de bien faire ; c'est une obligation de pouvoir prouver que tu as bien fait.

Ce que la loi exige de tout distributeur

Depuis la transposition de la directive sur la distribution d'assurances, le Code des assurances impose à tout distributeur, intermédiaire ou entreprise d'assurance, une démarche en trois temps avant la conclusion d'un contrat.

D'abord, recueillir les exigences et les besoins du client, à partir des informations qu'il te fournit. Ensuite, les formaliser par écrit. Enfin, proposer un contrat cohérent avec ces exigences et ces besoins, et fournir au client une information objective sur le produit, sous une forme compréhensible, pour qu'il puisse décider en connaissance de cause.

Lorsque tu vas plus loin et que tu fournis une recommandation personnalisée, en expliquant pourquoi tel contrat correspond le mieux à sa situation, tu entres dans le conseil au sens fort, avec des exigences de justification supplémentaires.

Pourquoi la preuve pèse sur toi

En cas de litige, les tribunaux attendent du professionnel qu'il démontre avoir rempli son obligation d'information et de conseil. Ce n'est pas au client de prouver que tu as été négligent : c'est à toi de montrer que tu ne l'as pas été. Une signature au bas d'une clause générale du type « le client reconnaît avoir été conseillé » ne suffit généralement pas à convaincre un juge.

Le contrôle de l'ACPR suit la même logique. L'autorité ne se contente pas d'une procédure écrite affichée au mur : elle regarde des dossiers clients réels et vérifie que le conseil est tracé, cohérent et personnalisé.

Recueillir les besoins : le questionnaire n'est qu'un début

La plupart des cabinets utilisent un questionnaire de recueil des besoins. C'est indispensable, mais un questionnaire rempli à la va-vite, avec des cases cochées sans précision, n'est pas une preuve solide.

Un bon recueil répond à des questions concrètes. Qui est à assurer, et quels biens ? Quels risques le client veut-il absolument couvrir ? Quel budget est-il prêt à consacrer ? Quelles garanties a-t-il déjà ailleurs ? Y a-t-il des éléments particuliers dans sa situation : activité professionnelle, travaux en cours, personnes à charge, projets à court terme ?

Note les réponses avec ses mots quand c'est possible. « Le client souhaite être couvert en cas de dégât des eaux causé à son voisin du dessous, ayant déjà subi un sinistre en 2024 » est infiniment plus parlant que « RC : oui ».

Formaliser : le document qui fait foi

Le document qui récapitule les exigences et besoins, puis la justification de la proposition, est la pièce centrale de ton dossier. Il doit être daté, remis au client avant la signature, et conservé. Idéalement, il fait apparaître trois éléments : ce que le client a demandé, ce que tu lui as proposé, et pourquoi la proposition répond à sa demande.

Le point le plus souvent négligé, ce sont les écarts. Si le client refuse une garantie que tu lui conseillais, ou choisit une franchise élevée pour baisser sa prime, écris-le. « Le client a été informé que l'option bris de glace n'était pas incluse et a choisi de ne pas la souscrire pour des raisons budgétaires. » Cette phrase-là, en cas de sinistre, vaut de l'or.

Les documents d'information produit

Pour les contrats d'assurance non-vie, un document d'information normalisé sur le produit doit être remis au client. Pour les produits d'investissement fondés sur l'assurance, d'autres documents d'information précontractuelle s'appliquent. Ces documents ne remplacent pas ton conseil : ils l'accompagnent. Remettre une fiche produit standard sans avoir recueilli les besoins ne remplit pas le devoir de conseil.

Garde la preuve de remise : accusé de réception électronique, signature datée, envoi tracé. Un document que le client dit n'avoir jamais reçu et dont tu ne peux pas prouver l'envoi n'existe pas, juridiquement parlant.

Archiver pour pouvoir retrouver

Un dossier bien constitué mais introuvable ne sert à rien. Organise ton archivage pour retrouver rapidement, pour chaque client et chaque contrat, le recueil des besoins, la proposition justifiée, les documents remis et leur preuve de remise, ainsi que les échanges importants. Les durées de conservation dépendent de la nature des documents et des délais de prescription applicables : fixe-les avec ton responsable conformité ou ton conseil, et écris-les dans ta procédure.

Pense aussi aux échanges par téléphone ou en visio. Un court compte rendu envoyé par e-mail au client après l'entretien, résumant ce qui a été dit et décidé, transforme une conversation volatile en trace exploitable.

Le conseil ne s'arrête pas à la signature

La situation d'un client évolue : déménagement, naissance, création d'entreprise, retraite. Un contrat parfaitement adapté il y a cinq ans peut ne plus l'être aujourd'hui. Les bonnes pratiques consistent à revoir les besoins à intervalles réguliers et à chaque événement de vie signalé, et à tracer ces revues comme le premier conseil.

Former l'équipe, pas seulement le dirigeant

Le devoir de conseil s'exerce à chaque contact client. Les salariés qui distribuent des contrats sont soumis, comme toi, à une obligation de formation continue au titre de la DDA, et la qualité du conseil fait naturellement partie des sujets à travailler. Un cabinet dont seul le gérant sait rédiger une justification de conseil est un cabinet fragile.

Pour aller plus loin

La série consacrée au devoir de conseil reprend chaque étape : recueillir les exigences et besoins du client, formaliser le conseil, documents précontractuels et document d'information produit et preuve du conseil et archivage. Chaque module donne lieu à une attestation interne datée, utile pour documenter tes heures ; vérifie auprès de ton organisme de tutelle ou de ton responsable conformité comment elle s'intègre à ton plan de formation DDA.

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